Ghaleb Bencheikh, président de la Fondation de l’islam de France : “l’affaire du burqini vise à tester la République”

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Place Gre’net, propos recueillis par Patricia Cerinsek, le 21 janvier 2020

L’islamologue Ghaleb Bencheikh sera vendredi 24 janvier au Musée de Grenoble pour une conférence sur « la République et l’islam », à l’invitation de l’association Atllas. Il revient pour Place Gre’net sur la nécessaire séparation entre le politique et le religieux. Et sur la provocation qu’il juge « inacceptable » des opérations burqini dans les piscines municipales de la ville, l’été dernier. Pour le président de la Fondation de l’Islam de France, le maillot intégral relève du « bricolage théologico-politique pour des considérations identitaires ».

L’islamologue Ghaleb Bencheikh, président de la Fondation de l’islam de France. © Astrid di Crollalanza
Source : article Ghaleb Bencheikh : le burqini “vise à tester la République” | Place Gre’net – Place Gre’net

Patricia Cerinsek : Le titre de votre conférence met en parallèle la République et l’islam, sans intégrer la seconde dans la première. L’islam est-il incompatible avec les valeurs de la République ?

Ghaleb Bencheikh : De prime abord, il y aurait une incompatibilité irréductible. Mais, pardonnez-moi de revenir sur votre question : le concept d’« islam » et celui de « République » ne sont pas dans le même registre épistémologique.
La République désigne un mode de gouvernement dans lequel le pouvoir est exercé par des personnes élues ; elle est le cadre dans lequel se vit la nation. Et l’islam est une tradition religieuse et, en principe, un système pourvoyeur d’éthique et d’élévation spirituelle.

Maintenant, la triade républicaine « liberté-égalité-fraternité » n’est pas incompatible avec les valeurs d’entraide que prône la tradition religieuse islamique. Poser la question entre l’islam et la République, ce serait poser la question entre la République et d’autres traditions religieuses du monothéisme abrahamique. Il s’agit de respecter le primat de la loi commune et du droit positif sur toute autre loi d’inspiration religieuse. La séparation de la politique d’avec la religion est un acquis de la modernité. Il n’y a aucune raison, en France, pour que les citoyens musulmans ne l’observent pas et ne s’y trouvent pas. La force est à la loi. Sinon, ce serait la loi de la force et nous n’en voudrions pas.

Quel est, aujourd’hui en France, le poids et l’influence des Frères musulmans ? Avec quelle emprise sur les électeurs de confession musulmane ?

Qu’il y ait de l’activisme politique de la mouvance des Frères musulmans en France, c’est une réalité indéniable. Il y avait une prise en charge sociale de la jeunesse dans les quartiers dits « sensibles ». Je ne connais pas actuellement leur véritable « aide ». Il me semble que leur influence est en ce moment contenue.

Il faut toutefois rester vigilant quant aux méfaits de l’activisme politique qui émane des Frères musulmans. De toute façon, on ne peut pas accepter l’islamisme politique, ni l’idée qu’on doit gérer les affaires de la cité selon le désir politique de Dieu. La plus grande arnaque intellectuelle est d’avoir considéré le Coran comme une constitution de l’État moderne. Je ne suis pas sûr qu’il y ait un vote musulman. Les citoyens musulmans dans leur globalité, n’obéissent pas à des consignes de vote univoques d’une manière disciplinée. Ils sont même très divisés politiquement. Néanmoins, dans certaines municipalités, il y a une réalité d’inféodation à des activistes islamistes. Auquel cas, le clientélisme de certains élus est préjudiciable à l’ensemble.

Comment avez-vous perçu les actions coup de poing portées par l’Alliance citoyenne à Grenoble, notamment pour introduire le burqini dans les piscines municipales ? Peut-on y voir l’émergence d’un islam politique ?

Cette affaire du burqini est une provocation inacceptable. Le burqini n’a aucun fondement canonique. Les salafistes attachés à la pudibonderie ont un problème avec la nudité : il ne leur suffit pas de ne pas exposer la leur, ils doivent aussi ne pas regarder celle des autres. Le burqini relève du bricolage théologico-politique pour des considérations identitaires. Gageons que ce n’est qu’un épiphénomène qui disparaîtra, même si son apparition a pour but de tester la République. Il faut savoir l’endiguer sans faillir ni faiblir.

Conférence de Ghaleb Bencheikh le 24 janvier à 18h30 au musée de Grenoble, 5 place de Lavalette, entrée libre sans réservation.

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