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Voile : “La conscience des femmes a été culpabilisée et fragilisée par l’offensive wahhabo-salafiste”

Beur FM

Ghaleb Bencheikh était l’invité de l’émission L’Actu c’est toi animée par Adile Farquane sur Beur FM, le 22 octobre 2019.

Il était interrogé sur la division des Français quant au port du voile et notamment sur la tribune des 101 musulmans publiée dans Marianne.

Verbatim

Adile Farquane : Comment réagissez vous, en tant que président de la Fondation de l’Islam de France, sur les divisions des Français, y compris entre musulmans, quant au port du voile ?
Ghaleb Bencheikh : Je vis cela avec consternation mais aussi en appelant à la froideur d’esprit. La République est fragilisée, la Nation se déchire alors même qu’elle est convalescente, il faut raison garder. Ces divisions désagrègent la société française.

Qui doit mettre fin à cette division ? Emmanuel Macron ? 
Je ne suis pas sûr qu’il faille mélanger deux choses : la structuration de l’islam de France, ses instances cultuelle et culturelle, et la question de la citoyenneté et des musulmans comme citoyens.

Faut-il qu’Emmanuel Macron s’exprime sur la structuration de l’islam de France ?
Je ne suis moi-même pas homme à m’exprimer sous la pression, a fortiori je ne pense pas que le Président de la République doive le faire. Il lui incombe néanmoins de le faire à un moment ou à un autre et sa parole est attendue après qu’il l’a annoncée.

Que pensez-vous de la tribune des 101 musulmans de France publiée dans Marianne, intitulée “Le voile est sexiste et obscurantiste” ?
Il y a trois niveaux de réponse. Le premier point est d’ordre théologique et canonique. Religieusement, le port du voile n’est pas tranché : il incombe aux dignitaires musulmans de prendre position sur cette affaire. Le deuxième point relève de la psychosociologie. Globalement, la psyché de la société française n’est pas prête à accepter le voile. La sagesse recommande d’en tenir compte. Troisième point : en l’état actuel du droit, les mères accompagnatrices peuvent porter le voile en sortie scolaire.  Si cet état de fait ne convient pas, il faut faire évoluer le droit et c’est donc une affaire politique.

Si je résume, il y a donc d’une part une affaire interne aux musulmans et surtout à leurs hiérarques, qui doivent appeler à une vision plus sereine de la spiritualité. Je ne suis pas sûr pour ma part que les femmes musulmanes doivent médiatiser cette spiritualité à travers un tissu, mais je me refuse à entrer par effraction dans leur conscience – laquelle conscience a été culpabilisée  et fragilisée par des discours relevant de l’offensive wahhabo-salafiste. Deuxième point, la psychologie générale : il faut en tenir compte. Troisième point : quand on est civilisé, on respecte le droit et aujourd’hui il n’y a pas lieu de fustiger les personnes qui la respectent et qui, dans l’espace public, sont voilées.

Beaucoup de musulmans se sentent stigmatisés et sont inquiets. Que faut-il faire ?
Rester digne, s’acquitter de ses devoirs et jouir de ses droits de citoyen, et ne pas céder aux sirènes de la division.

Réécouter l’émission – à partir de 11 min 05

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Reconnue d’utilité publique le 5 décembre 2016, la Fondation de l’Islam de France (FIF) a été créée à la suite des attentats de novembre 2015. Elle est née notamment de la volonté de contrecarrer, par la connaissance et la culture, l’idéologie salafiste, réductrice et manichéenne, qui nourrit le terrorisme djihadiste. La Fondation est laïque et œuvre dans les champs éducatif, culturel et social. Son objet n’est pas religieux mais profane ; elle n’est pas communautaire.

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