« Notre nation, notre belle France, aura l’islam qu’elle mérite »

les cahiers de l orient

Les Cahiers de l’Orient, « La laïcité en France : ambition ou inquiétude », nº133 – Hiver 2019
Par Ghaleb Bencheikh

Quelques semaines avant d’être élu par le conseil d’administration de la Fondation de l’islam de France à sa présidence – où il a succédé le 13 décembre 2018 à
Jean-Pierre Chevènement, désormais président d’honneur –, le philosophe, théologien et islamologue Ghaleb Bencheikh exprimait sa vision de la lutte contre l’extrémisme par la culture et la connaissance. C’était à Montreuil, près de Paris, pour les quinze ans du CCEFR (Centre civique d’étude du fait religieux) cofondé par le regretté Mohammed Arkoun1 et sorte d’université populaire laïque, dont Ghaleb Bencheikh est membre du conseil scientifique.

« L’extrémisme, c’est le culte sans la culture ; l’intégrisme, c’est la croyance sans la connaissance. Parfois, quand on a la religiosité sans la spiritualité, on verse dans des comportements inacceptables. Hélas, nous en avons payé le prix avec l’effusion du sang d’êtres innocents lors de l’annus horribilis que nous avons connue en 2015. Mais la digue n’a pas cédé parce que la nation a su, dans un sursaut de grandeur, ne pas se laisser gagner par la bête immonde de la fragmentation et de la fracturation. C’est en formant des citoyens, hommes et femmes, c’est par l’intelligence du cœur et de l’esprit, qu’on parviendra à endiguer tous les fanatismes².

Je voudrais partager avec vous quelques idées force. La première m’est inspirée par le triptyque républicain – liberté, égalité, fraternité. Nous tenons plus que tout à cette liberté fondamentale qu’est la liberté de conscience. Cela rend libre, le fait de savoir où l’on va, de connaître une liberté de conscience qui s’éveille : parce que le pire des méfaits est le crime de lèse-conscience. Comment peut-on s’imaginer pouvoir contraindre par la terreur, la coercition, la violence ou la menace, ou même par un simple regard inquisiteur, ce qui relève d’une adhésion intime et spontanée, de l’acte libre d’un être libre ?  L’égalité, ensuite, l’égale dignité des êtres humains, par-delà le genre, par-delà les options métaphysiques, par-delà les orientations dans les rapports charnels des uns et des autres, me paraît de la plus haute importance. Il est temps aussi que nous  désacralisions  la violence. Il ne faut surtout pas la nimber d’une aura pseudo-religieuse.

À propos des quatre “i” qui hystérisent le débat public – immigration, insécurité, islam, identité – je voudrais dire ceci : que notre nation, notre belle France, aura l’islam qu’elle mérite. Un islam d’intelligence, de beauté, de spiritualité, de civilisation, et non un islam synonyme d’épouvante et de terreur. C’est à nous de choisir. D’abord  à nous citoyens, et à nous, composante islamique de la nation.

Dernière notion : l’humanisme. Car c’est de l’homme qu’il s’agit, de tout l’homme. Je fais mienne la parole de Térence, esclave affranchi : “Je suis homme et rien de ce qui est humain ne m’est étranger”. L’homme est la mesure de toutes choses, de celles qui sont et du fait qu’elles sont, et de celles qui ne sont pas et du fait qu’elles ne sont pas. Nous sommes en quête d’un avenir commun et solidaire, d’un avenir meilleur. Je dis toujours que notre nation est en devenir et elle aura un avenir radieux si nous y contribuons tous. »


  1. Historien, islamologue et philosophe algérien humaniste et laïque, Mohammed Arkoun (1928-2010) militait pour le dialogue entre les religions et plaidait pour un islam repensé dans le monde contemporain (ndlr)
  2. Voir l’article de Ghaleb Bencheikh « Fondamentalisme et modernité », in Les Cahiers de l’Orient n° 125, hiver 2017

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Reconnue d’utilité publique le 5 décembre 2016, la Fondation de l’Islam de France (FIF) a été créée à la suite des attentats de novembre 2015. Elle est née notamment de la volonté de contrecarrer, par la connaissance et la culture, l’idéologie salafiste, réductrice et manichéenne, qui nourrit le terrorisme djihadiste. La Fondation est laïque et œuvre dans les champs éducatif, culturel et social. Son objet n’est pas religieux mais profane ; elle n’est pas communautaire.

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